ABOUT

SAMUEL FASSE

Artistic director, creative consulting and designer

Accessories brand since 2017

ENQUIRIES

samuelfasse@gmail.com

Samuel Fasse have been graduated from the Royal Academy of Fine Arts of Antwerp at the Fashion department in 2016. Since then, mostly known for his activities as director’s and artistic adviser, Samuel Fasse founded his eponymous brand of accessories in 2017: StudioFasse. It is part of a multidisciplinary approach, its field of expertise extends from curating exhibitions to creative management of brands or galleries (Peres Project,… ). He works in a continuous introspection of mediums and questions related to the creative identity of various projects (performance at the Palais de Tokyo, ASVOF festival,…).  He recently won the first price of the Hackathon thrown by Louis Vuitton, always willing to mix people from eclectic backgrounds in order to transcribe his universe trough a new perception. Samuel just got his first solo show at Joyce gallery and will also be exhibiting his personal work in a group exhibition in June.

 

DÉMARCHE ARTISTIQUE 

 

A la manière d’un chef d’orchestre, le travail de collaboration innerve ma démarche créative dont l’enjeu est de savoir comment établir un dialogue avec des protagonistes issus de milieux différents et variés. Ces acteurs se rapprochent de profils des plus éclectiques : danseurs, compositeurs, développeurs, chercheurs, chorégraphes …  Au travers de mes différentes expériences passées, j’ai réussi à rassembler ces acteurs, afin que nous puissions tous, dans un dessein commun, échanger, expérimenter et créer. Cela s’est exprimer sous forme de performances audiovisuelles, d’expositions pensées collectivement ou de séries d’objets tirés de ces instants.

 

L’apport d’un autre regard rejoint la part de hasard intentionnel présent tout au long de mon processus de création, ce hasard que je considère comme un vecteur de rencontres, un catalyseur d’idées et de possibles. Il s’inscrit en effet dans le choix délibéré de laisser une part de “libre cours” s’immiscer à certains stades de l’élaboration de l’œuvre, jusque dans sa finalité tangible. La part de hasard devenant par exemple, substance même d’une performance, par, entre autres, la dépendance de la musique aux mouvements arbitraires des danseurs, dans le monde virtuel créé en amont. Par l’inscription matériel de ce hasard, ma volonté est non pas de produire une fin déterminée, mais de créer des conditions de départ, un cadre ou quelque chose se passe, afin de voir ces matières, préalablement réfléchies, se transformer. Ces éléments aléatoires introduisent aussi entre les protagonistes, un rapport de va et vient indispensable quant à la confection globale du projet.

 

Ce choix de collaborations multiples et ce désir d’unir le son, le geste et la scène se rapprochent du principe de synchronicité ; comme Prampolini l’a écrit dans son manifeste Théâtre de la Pantomime futuriste « ces matières doivent créer un synchronisme psychologique dans l’âme du spectateur ». Cette simultanéité est engendrée par l’enchevêtrement des matières apportées par chacun de mes collaborateurs. Les objets que je crée (foulards, sculptures, vidéos) et ces regards extérieurs interagissent en amont, et au sein même de la performance : une perception active se manifeste chez le spectateur. Alors, la performance, par ces interactions, se rapproche plus de l’action que de l’œuvre figée.

 

Je considère la performance, le « Momentum » délivré, comme un instant spontané qui capture l’énergie de ce qui s’est passé, de ce qui se passe et de ce qui se passera. Ainsi, l’aspect global de la performance est d’établir une mise en abîme de toutes les actions et principes en cours lorsque le public est présent pour capter ce moment. Une perception différente où l’audience peut apprécier « un microcosme où les limites de la réalité peuvent être modifiées ». J’aspire par cette volonté à rejoindre l’approche de John Cage et son concept de « musique non intentionnelle” qui m’a amené à repenser ma vision de la musique et de la performance.

 

A la fois par l’indétermination présente tout au long de mon processus créatif et par la place du spectateur, me positionnant dans une approche non pas passive mais active de la réception. Cet instant, telle la composition sonore de Cage, amène l’auditeur à comprendre le rapport direct qui l’unit à la performance, prenant sens par son regard. John Cage écrivait au sujet du spectateur « sa propre action, c’est l’audition de la pièce – que la musique, pour ainsi dire, est sienne, plutôt qu’elle n’appartient au compositeur. » A contrario d’une contemplation passive, les spectateurs observent, questionnent, les regards se posent. Ces regards sont perçus comme autant d’éléments externes qui composent la pièce, en ce qu’ils participent dans sa non finalité, métamorphosable.

Toujours dans cette perception active de la réception, la performance s’appuie sur une relation étalée dans le temps, avec le public, grâce à une série d’interventions en amont et en aval de la représentation. La capacité et l’intérêt de l’équipe constituée pour créer la performance, consiste alors aussi à déployer des modalités de rencontres en direction du public tout au long du processus de recherche et de création. Des workshops, conférences, et sorties de résidence constituent autant d’actions étendues menées à destination du public.

 

En ce sens, l’œuvre réside moins dans la performance en soi que dans les réflexions qui en émergent.  L’imaginaire du spectateur devient plateforme de transmission entre ces mondes créés : un ailleurs simulé auquel ils n’ont que accès par la gestuelle ou les sons générés, et alors une réalité imaginée, l’idée qu’ils s’en font.  Deux mondes qui me permettent d’amener le spectateur vers une nouvelle phase de compréhension grâce au regard qu’il porte sur ma démarche. Non revendicative, la performance tente à s’exprimer sur le fond mais aussi sur la forme qui amène le spectateur à s’interroger sur ses perceptions. J’aspire à intensifier ses conceptions du réel, par une acuité de perceptions tant visuelles qu’auditives.

 

Cette place des éléments extérieurs comme constitutifs de l’œuvre, le questionnement lié à la réception dans mon processus, s’inscrit également dans mon rapport à l’espace. L’approche périodique qui s’étale sur un temps donné, par les différentes expositions, performances qui se répondent, s’établit en parallèle de ma volonté de transposer la pièce et son installation dans d’autres lieux. Les différents éléments peuvent être ainsi montrés dans différents espaces, reconduits pour livrer une seconde interprétation de l’œuvre audiovisuelle. Le lieu est pour moi une considération majeure, apparaissant comme un facteur déterminant annonçant la suite des événements, non seulement lors de la représentation, mais aussi dans la continuité du cycle entrepris. Je réfléchis en effet les représentations selon le lieu où elles s’inscrivent, la disposition du public au Palais de Tokyo ayant par exemple modifié comme élargi les configurations préétablies de cette performance. L’espace conditionne, mais aussi permet une nouvelle vision.

 

Ce qui caractérise également mon approche est en effet le souhait de dévoiler le processus de création, d’en restituer une captation d’instants en écho à la création de séries d’objets, qui prennent également la formes de sculptures-totems. La performance devient matière à créer, me permettant de la faire exister, dans la durée. Ces traces d’une existence passée et future restituent cette jonction. Celles-ci se dévoilent par différents médiums : physiques, numériques, les vidéos font parties intégrantes du concept, comme les imprimés créés ou les créations éditoriales qui sont montrées dans les mois qui suivent la performance. L’aspect performatif de l’œuvre me permet d’introduire de nouveaux codes. Ainsi le moindre élément fait partie d’une vaste composition qui reflète comme un microcosme les caractéristiques de l’ensemble : chaque élément présent dans le spectacle, chacune de ces circonstances deviennent « quelque chose en soi ». Cette prise en considération des circonstances données est renforcée dans la préparation par le recours au hasard. Ces objets ainsi créés seront le matériau d’une nouvelle mise en scène, devenant des cartes indicielles et des totems. Cette nouvelle mise en scène est donc reconduite pour livrer une seconde interprétation de la performance. Il s’agit alors de repousser la matérialité des objets présents lors de la performance, ou comment créer l’image d’une forme, sans que celle-ci ne soit présente.

 

Enfin, par leurs qualités sensibles et audiovisuelles, les nouvelles technologies sont aussi pour moi, un moyen de magnifier et d’amplifier le projet : où l’innovation n’est pas forcément dans la forme ou dans l’utilisation de celles-ci, mais plutôt une manière de s’interroger autrement. Ces technologies s’immiscent dès le processus créatif, qui in fine amènent le public à les apprécier différemment. Non perceptibles au premier abord, elles servent de support intrinsèquement lié à l’œuvre. Ces technologies constituent un « laboratoire » qu’elles soient élémentaires ou extrêmement complexes, considérées comme des outils au service du concept, elles permettent d’introduire un nouveau savoir-faire. Le langage numérique, l’artisanat d’art, sont autant d’outils poétiques appliqués à un discours tangible, orchestré au présent.